Les polluants du site 35/37 Rue Jules DURANDEAU et leurs effets sur la santé

Quels sont les polluants retrouvés sur l’ancien site industriel et dans l'eau autour de celui-ci ?

Les principaux polluants trouvés sur l’ancien site industriel sont :
- des Composés Organo-Halogénés Volatils (COHV) avec surtout du trichloroéthylène (TCE) ;
- des éléments-traces métalliques (ETM), autrefois appelés « métaux lourds » dont font partie par exemple le plomb, l’arsenic, le mercure et le cadmium ;
- des hydrocarbures ;
- des impacts en polychlorobiphényles (PCB) ont été retrouvés dans 3 prélèvements sur 53. Les PCB sont une famille de composés chimiques très persistants dans l’environnement, peu mobiles et lipophiles, c’est-à-dire capable de se concentrer dans les graisses.

Le trichloréthylène est le composé le plus représentatif de cette pollution. D’abord parce que c’est celui qui a été retrouvé, et de loin, en plus grandes quantités dans les sols et les nappes d’eaux souterraines. Ensuite car c’est un liquide qui a la capacité de migrer facilement via les eaux souterraines au-delà des limites du site. Son caractère volatil lui confère également la capacité de diffuser depuis la nappe dans l’air des sols, à partir duquel il peut, dans certaines circonstances, contaminer l’air des habitations. 

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Quels sont les effets potentiels du trichloroéthylène (TCE) sur la santé ?

On distingue deux types d’effets : 

  • Les effets non cancérogènes concernent certains organes cibles, en particulier le système nerveux central. Ils n’apparaissent qu’au delà d’un seuil de dose relativement élevé.
    - L’ANSES propose la valeur de 800 µg/m3 pour les expositions d’une durée allant de 15 jours à 1 an comme seuil d’apparition de ce type d’effets. Ces niveaux sont rarement rencontrés en santé environnementale et ne concernent pas la situation du site de St Cybard.
    - Au-delà d’un an d’exposition, la seule agence à proposer une valeur seuil est américaine (ATSDR). Celle-ci est de 600 µg/m3. L’ANSES estime que cette valeur n’est pas assez solide pour la reprendre.

  • Effets cancérogènes.
    Pour des expositions à de faibles doses sur de longues durées, le caractère cancérogène du TCE pour l’homme est globalement admis, même si le niveau de preuve et l’importance du risque sont encore débattus.
    L’union européenne classe le TCE dans la catégorie (1B) des substances pour lesquelles il existe une forte présomption de cancérogénicité, sans toutefois de certitude.
    Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), une agence de l’OMS, considérant l’association positive entre le TCE et les cancers rénaux, estime qu’il y a assez de preuves pour classer le TCE dans le groupe 1 des agents cancérogènes certains pour l’homme. Outre les cancers du rein, les autres cancers à l’origine desquels le TCE pourrait être impliqué sont les cancers du foie et voies biliaires et certains lymphomes. 

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Quelles sont les doses d’exposition à partir desquelles l’effet cancérogène du TCE est susceptible de se manifester.

Plusieurs organismes experts se sont intéressés à la toxicité du TCE pour l’homme et ont publié des rapports sur ce sujet 1,2,3,4. Deux d’entre eux sont français : 

- L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Environnement, de l’Alimentation et du Travail (ANSES) est l’agence d’expertise française en santé environnementale ; elle a publié 2 rapports sur le trichloréthylène (2009 et 2018). 

- Le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) d’autre part, placé sous la tutelle du ministère de la santé, il a pour mission d’aider les décideurs politiques à prendre des décisions en santé publique. Il a publié un rapport sur la fixation de valeurs limites pour le TCE dans l’air en 2012.

L’ANSES a publié plusieurs rapports sur le TCE : 2009, 2018 et 2019.

- En 2009, elle a proposé ses premières valeurs guides pour la qualité de l’air intérieur (VGAI) : 20 µg de TCE par m3 d’air comme une première étape à respecter et 2 µg/m3 comme un objectif à atteindre. Les calculs sont fondés sur des hypothèses d’exposition d’une population « vie entière » (en fait sur une durée de 70 ans), 24h/24 et 365 jours par an. Dans de telles conditions, l’exposition à un air contenant ces niveaux de TCE est associée à des risques calculés suffisamment faibles pour que ces seuils soient considérés comme protecteurs.

- En 2018 puis 2019, actualisation de la VGAI qui est divisée par 2 (nouvelle valeur proposée comprise entre 1 et 10 µ/m3), dans les mêmes conditions d’exposition.


1 US Environmental Protection Agency (US EPA) (2011) Toxicological review of Trichloroethylene (CAS No. 79-01-6) in support of summary information on the Integrated Risk Information System (IRIS) - EPA/635/R-09/011F. (Washington, DC, U.S. Environmental Protection Agency) 1200p. 
1 Agence Nationale de Sécurité Sanitaire Alimentation Environnement Travail (ANSES). Valeurs toxicologiques de référence du trichloréthylène. Avis et rapport d’expertise collective. Avril 2013
1 European Union Risk Assessment Report. Trichlorethylene. Risk Assessment. Final Report, 2004.
WHO guidelines for indoor air quality: selected pollutants. 2010.
Haut Conseil de Santé Publique (HCSP). Valeurs repères d’aide à la gestion dans l’air des espaces clos. Le trichloréthylène. Rapport du groupe de travail. Juillet 2012.


Le HCSP (2012), jugeant que la concentration de 2 µg/m3 « protège tant des effets cancérigènes que des effets chroniques non cancérogènes » du TCE et soucieux de garantir un niveau de sécurité maximal, cet organisme propose cette concentration comme valeur repère de qualité de l’air intérieur (VR). Il fixe également une valeur dite d’action rapide (VAR) de 10 µg/m3, au-dessus de laquelle des actions correctives doivent être mises en place pour ramener la concentration de TCE dans l’air intérieur à un niveau inférieur à 2 µg/m3 dans un délai de 6 mois.

C’est la valeur repère du HCSP, la plus contraignante, qui a été retenue pour la gestion des risques dans le quartier St Cybard. 

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